Ecrans = Danger ?

Depuis des années on a des études scientifiques qui établissent un lien de causalité fort entre les problèmes d’attention, de concentration, ou encore les difficultés sociales des enfants et les écrans. À grand renfort de médias alarmistes, de plan de politiques publiques, ou autre, les parents sont coincés entre le besoin et l’envie d’être à la page, de tolérer les usages numériques des enfants et de l’autre côté, le drapeau rouge du danger des écrans agité en permanence.

Entre les 2 extrêmes, il n’y a pas vraiment de voix entendues. Pourtant elles existent.

Table des matières

Méta étude psychiatrique

Le JAMA Psychiatry, l’une des principales revues de recherche psychiatrique, a publié un article sur le sujet récemment.

Au vu de toutes les études faites, ils ont fait une méta analyse pour trouver un consensus scientifique.

https://jamanetwork.com/journals/jamapsychiatry/article-abstract/2790338

Ils ont tenté de voir, au vu des nombreuses études, si on pouvait conclure à une relation entre le temps passé devant les écrans et les problèmes de comportements chez les enfants de moins de 12 ans. Près de 90 études ont ainsi été analysées pour un total de près de 160 000 enfants de moins de 12 ans. Est ce que les “mauvais” comportement intériorisés (comme l’anxiété ou la dépression) ou extériorisés (comme l’agressivité ou l’inattention) sont causés par l’exposition trop longue aux écrans ?

La conclusion est qu’il n’y a pas de lien direct fort prouvés par ces études. Il est indiqué une corrélation faible et significative, mais pas de causalité.

D’abord, les études les plus alarmistes ont des biais forts et des problèmes méthodologiques conséquents. Ensuite, les moins alarmistes sont plus mitigés mais pas complètes non plus sur la partie causalité. Enfin, les études les plus récentes sont les moins alarmistes.

Des études complémentaires doivent être réalisées pour déterminer si les enfants consomment des écrans car ils ont un mal être fort, ou ont un mal être qui les amène naturellement à consommer des écrans.

Le cas des jeux vidéos

Une scientifique spécialisée en science cognitive Daphné Bavelier a fait un TED il y a quelques années qui m’avait impactée.

 

Je vous encourage à regarder cette vidéo super instructive (elle est sous-titrée en français pour les moins anglophones d’entre nous). Sans nier le danger des écrans, elle casse quelques idées reçus à base de chiffres et d’expériences en laboratoire :

  • les jeux vidéos réduisent l’acuité visuelle : faux, ça l’améliore
  • les jeux vidéos rendent plus distraits : faux, au contraire
  • les jeux vidéos réduisent les capacités d’attention : faux, ils améliorent meme des elements connexes comme des capacités de distinction de couleur ou de suivi d’objets
  • etc.

graph des impacts a long terme des jeux videos d'action sur l'attention

Depuis elle a travaillé (avec son labo) à mesurer les impacts cognitifs et éducationnels des jeux videos et c’est plutôt positif (https://archive-ouverte.unige.ch/unige:153735).

Avec dans mon entourage de nombreux gamers, j’ai pu faire quelques tests pour m’amuser.

Oui : les gamers de mon entourage repèrent plus facilement un détail, oui ils ont plus de réflexes.

jeu des couleurs pour verifier l'attention

Pour ce qui est de l’exemple de l’attention donnée dans la vidéo, en effet j’ai pu constater que les personnes de mon entourage jouant aux jeux d’actions sont bien meilleurs que moi à donner la couleur plutôt que le mot écrit !

Bref !

Entre un enfant qui passe 2 heures par jour devant un livre et un enfant qui passe 2h par jour à jouer aux jeux vidéos, il n’y a pas de différence. Les 2 vont développer des compétences différentes mais le point c’est qu’ils vont tous les 2 développer des compétences !

Le lecteur va développer son imaginaire, sa capacité de lecture rapide, son vocabulaire, sa concentration, etc.

Le joueur va quant à lui développer ses réflexes, son attention, sa gestion de la frustration, sa persévérance, ses compétences sociales, etc.

Je vous renvois aussi sur la vidéo de Stéhpanie Harvey qui apporte aussi un autre éclairage, moins scientifique mais tout aussi intéressant.

 https://www.ted.com/talks/stephanie_harvey_pourquoi_vous_interesser_aux_jeux_video_de_vos_enfants_why_care_about_your_kids_gaming_life

Ce qui est mauvais n’est pas le jeu vidéo en tant que tel (mieux vaut un jeu vidéo où l’enfant est actif qu’un dessin animé ou l’enfant est passif) mais l’excès.

Les usages des écrans

La majorité des études ne testent d’ailleurs pas vraiment les mêmes choses.

Entre le scroll intempestif sur Instagram ou la peur de rater des infos sur twitter, le bing watching sur Netflix ou encore les jeux vidéo, il y a différents usages des « écrans » et il n’est donc pas vraiment pertinent de mettre juste le mot écran. Il faudrait plutôt catégoriser les usages des écrans.

Être passif devant une télé ou à scroller un réseau social n’a pas du tout le même impact que de créer du contenu pour un réseau par exemple.

Un jeu vidéo d’action n’aura pas le même impact qu’un jeu vidéo de sudoku.

Comme pour tous les sujets, l’excès est toujours une mauvaise chose. Que ce soit pour la consommation de bonbon, de viande, de soja, d’alcool, ou pour les sujets comme la religion, la politique, le féminisme, l’hygiène, etc. Les extrêmes sont toujours destructeurs.

Il faut donc trouver un équilibre entre les écrans, leurs usages raisonnés et les autres activités.

Pour trouver cet équilibre avec vos enfants, il faut le co-construire.

Dépendamment de l’âge, il ne faut pas lui imposer des règles sans en avoir discuté sans quoi il va juste rejeter et essayer de contourner ces règles.

Être transparent avec son ado. Lui indiquer et lire ou regarder avec lui les sources fiables sur les risques et les bénéfices pour ensuite mettre des limites acceptables pour les 2.

Pour cela je vous renvoie à mon autre article sur le sujet des règles établies en famille pour les écrans !

Agir ?

Pour savoir si vous, ou votre enfant êtes en excès face aux écrans, il est intéressant de compter précisément.

Avoir un cahier qui référence les utilisation des écrans.

Par exemple : 

  • de 6 à 7 lecture des news sur smartphone pendant le petit déjeuner
  • 15 min toutes les 2 heures le matin pour consulter les réseaux sociaux
  • 1h le soir en rentrant pour lire les mails privés
  • 1h de télé pour les infos
  • 1h de vidéos YouTube sur des chaînes d’histoire de cuisine ou de jardinage
  • 1h de vidéos de chat…
  • 2h de lecture de kindle
  • 2h de jeux vidéos (et catégoriser les jeux si vous pouvez)

Comparez cela ensuite à ce que votre téléphone vous indique dans les temps d’écran pour voir vos durées perçues des durées réelles… Vous aurez déjà probablement une petite surprise !

En fonction des résultats, mettez en perspective ce temps : est-ce du loisir ? de l’évasion ? de l’information ? du boulot ? du temps perdu ? Qu’est ce qui est indispensable et qu’est ce qui ne l’est pas  ?

Bref ! Si ce temps vous semble trop long, prenez les mesures adéquates !

Vous l’aurez compris, je ne suis ni anti ni pro écrans.

Il y a des risques et des avantages, et surtout il y a encore des découvertes tous les ans sur tout cela. Se tenir informer et s’ajuster en fonction est à mes yeux la meilleure solution !

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