Dépasser la fracture numérique : pourquoi c’est vital et comment y parvenir

Illustration de la fracture numérique montrant des groupes connectés et déconnectés, liés par un pont digital.

La fracture numérique n'est pas une fatalité !

L’expression « fracture numérique » est sur toutes les lèvres, mais en saisissons-nous réellement toutes les implications ? Loin de se limiter à un simple problème d’accès matériel, ce phénomène complexe façonne nos sociétés et crée des inégalités profondes. Allons au-delà des définitions simplistes pour comprendre ce qui se cache derrière ce terme et, surtout, comment nous pouvons agir ensemble pour bâtir un monde plus inclusif.

La fracture numérique, c’est quoi au juste ?

Communément appelée « illettrisme numérique » ou électronique, la fracture numérique désigne le fossé grandissant entre ceux qui maîtrisent et utilisent les technologies au quotidien et ceux qui en sont exclus. Si l’on pense souvent aux inégalités d’accès numérique aux équipements (ordinateurs, smartphones) ou à Internet, il est crucial de considérer aussi les inégalités d’usage et de compréhension. Ces dernières, moins visibles, sont pourtant tout aussi risquées. Imaginez : même avec un smartphone dernier cri, si vous ne savez pas l’utiliser pour postuler à un emploi en ligne ou gérer votre argent via une application, vous êtes en partie exclu de la société digitale moderne. Cette déconnexion peut être multifactorielle : une question de finances, de culture, de génération, d’habitudes, ou même un simple manque de connaissances.

Selon certaines statistiques, des milliards de personnes n’ont pas encore accès à Internet avec un débit convenable. Cependant, ces chiffres sont à nuancer et dépendent fortement du contexte local et socio-économique. Une chose est sûre : cette fracture est reconnue comme un problème majeur, affectant le bien-être des individus, des communautés, des entreprises et des gouvernements. Le Forum Économique Mondial estime que ce fossé coûte des centaines de milliards de dollars par an à l’économie mondiale en opportunités manquées. Sans compter le coût humain pour chaque individu.

Les 3 types d’inégalités qui causent cette fracture

1. L’inégalité d’accès : le coût et les infrastructures

La première barrière est souvent économique. Le coût de l’accès à Internet et celui des terminaux (smartphones, tablettes, ordinateurs) restent un frein majeur. À cela s’ajoute un manque criant d’infrastructures numériques dans de nombreuses régions du monde. Les pays dotés d’une infrastructure médiocre peinent à proposer des services numériques abordables, rendant difficile l’accès à l’Internet haut débit et à tous ses bénéfices pour leurs habitants. L’accès aux outils de base est la première étape de l’inclusion digitale.

2. L’inégalité d’usage des outils : être connecté ne suffit pas

Être équipé, c’est bien, savoir utiliser, c’est mieux ! Si un utilisateur connecté ignore l’existence d’un outil numérique ou ne sait pas s’en servir, il se retrouve de fait exclu de la communauté des utilisateurs. Prenons l’exemple de TikTok ou Fortnite chez les jeunes : ne pas connaître ou ne pas utiliser ces plateformes peut mener à une marginalisation au sein de leur groupe social. Internet, bien que perçu comme une communauté mondiale, est en réalité une mosaïque de « tribus » formées par des intérêts communs, une langue, une localisation ou l’utilisation spécifique d’un jeu ou d’un outil. Ces communautés sont souvent isolées les unes des autres par leurs usages très différents. Un comptable et un artiste n’auront pas les mêmes outils ni les mêmes modes d’expression numériques. L’illettrisme numérique dans l’usage des outils est une barrière silencieuse mais puissante.

3. L’inégalité d’usage de l’information : les autoroutes de l’infox

Les autoroutes de l’information sont aussi le théâtre d’accidents. L’accès facilité à des informations falsifiées ou trompeuses engendre incompréhension et déchirements, parfois même au sein d’une même famille. La pandémie de SARS-CoV-2 en a été une illustration parfaite : mêmes données, interprétations divergentes, rupture. Le filtre d’analyse de chaque communauté peut être biaisé, menant à des conclusions erronées. C’est pourquoi une éducation numérique complète est plus qu’urgente. Les nouveaux textes juridiques sur le harcèlement numérique ou le respect de la propriété intellectuelle montrent l’importance de ce cadre. Combien de fois a-t-on entendu « c’est pas grave, c’est juste un commentaire sur Internet » ou « c’est là, je l’utilise » pour justifier la copie illégale d’illustrations ou de musiques ? L’accessibilité d’une donnée ou d’un service n’en fait pas une propriété inconditionnelle. Ce type d’inégalité d’usage de l’information est un facteur visible de la fracture numérique dans notre monde hyper-digitalisé.

Comment agir pour réduire la fracture numérique ?

Après ce constat, il est essentiel de se tourner vers l’action. Réduire la fracture numérique nécessite une approche multi-facettes, car, culturellement, une technologie nouvelle peut d’abord paraître inutile, voire dangereuse, avant d’être apprivoisée et de devenir une évidence. Voici quelques pistes :

  • Déploiement d’infrastructures : Accompagner les entreprises et opérateurs pour déployer des infrastructures numériques avec une stratégie pays ou région cohérente pour lutter contre les inégalités d’accès numérique.
  • Subventions et aides : Soutenir les médiathèques, cybercafés, « pass numériques » ou bourses pour l’acquisition de matériel.
  • Sensibilisation et formation :
    • Sensibiliser les enfants et adolescents à l’école pour un usage raisonné d’Internet et une éducation numérique précoce.
    • Former les particuliers, TPE et PME aux usages des outils et à la compréhension de l’information.
    • Proposer des parcours d’intégration numérique et former des réseaux d’entraide.

En France, depuis la loi de 2009 relative à la fracture numérique, de nombreuses initiatives voient le jour, portées par des entreprises sociales, des associations ou des institutions comme le réseau Canopé ou Les Bons Clics. Ces acteurs œuvrent concrètement sur le terrain pour accélérer l’inclusion digitale.

De mon côté, j’agis sur les deux dernières inégalités – les usages des outils et l’usage des informations – au travers de blogs, vidéos, et sensibilisations sur site dans les maisons de quartier ou les collèges. C’est autant de moyens d’accompagner les personnes en difficulté vers le numérique, mais aussi de faire réfléchir les utilisateurs plus aguerris sur leur consommation d’informations et ce qu’ils en font.

La lutte contre la fracture numérique est un enjeu de société majeur. Quels sont, selon vous, les leviers d’action les plus urgents à activer dans votre région ou votre pays pour favoriser une véritable inclusion digitale ?

Illustration de la fracture numérique montrant des groupes connectés et déconnectés, liés par un pont digital.

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