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J'ai donné un cerveau à mon IA : plongée dans mon brain OKF

J'ai donné un cerveau à mon IA : plongée dans mon brain OKF

6 juillet 2026· ⏱️ 14 min de lecture
Couverture

Demande à une IA générative de rédiger la page « À propos » de ton entreprise. Le résultat sera propre, poli… et désespérément générique. Il pourrait décrire n’importe quelle entreprise de ton secteur. Pourquoi ? Parce que l’IA ne te connaît pas.

Alors, on se met à tout lui réexpliquer, à chaque nouvelle conversation. Qui on est, ce qu’on vend, comment on parle, ce qu’on ne dit jamais. On copie-colle des morceaux de plaquettes. On recommence le lendemain. C’est épuisant, et le résultat reste très approximatif.

Ces dernières semaines, j’ai résolu ce problème une bonne fois pour toutes : j’ai construit mon 2ème cerveau : mon brain. Une base de connaissances complète de mon activité, dans un format pensé pour les IA. Aujourd’hui, mon assistant connaît mes offres, ma façon de parler, mes réalisations, mes convictions et même les objections de mes prospects. Il n’écrit plus « comme une IA ». Il écrit comme moi.

Dans cet article, je t’emmène dans mes coulisses : ce que c’est, comment je l’ai construit, les pièges techniques que j’ai surmontés et pourquoi je suis convaincue que c’est l’un des meilleurs investissements qu’une entreprise puisse faire aujourd’hui.

C’est quoi, un « brain » ?

Commençons par définir les choses simplement, sans jargon.

Une base de connaissances, c’est l’endroit où l’on range tout ce que l’on sait, de façon organisée et facile à retrouver. Ton entreprise en possède déjà une, en réalité. Le problème, c’est qu’elle est éparpillée entre ta tête, tes e-mails, ton Google Drive, tes présentations et tes conversations de couloir.

Un brain (littéralement un « cerveau »), c’est cette base de connaissances rassemblée, structurée et rédigée spécifiquement pour être lue et comprise par une IA. L’idée m’est venue en découvrant le format OKF il y a 2 semaines de cela, mais aussi en me demandant : que se passerait-il si, demain, je ne pouvais plus répondre moi-même ? Mettre son savoir par écrit, c’est aussi une forme de résilience.

OKF, pour Open Knowledge Format, est le format que j’ai choisi. C’est un standard ouvert publié par Google Cloud : de simples fichiers texte en Markdown (le format de texte le plus universel et léger qui soit), accompagnés de quelques métadonnées minimalistes en YAML. Pas de logiciel propriétaire, pas d’abonnement captif, pas de format exotique : ce sont des fichiers texte que n’importe quel éditeur, n’importe quel humain et n’importe quelle IA peuvent lire aujourd’hui… et dans vingt ans.

L’analogie du cerveau (elle est amplement méritée)

Ce terme de « cerveau » n’est pas un argument marketing, il est d’une précision chirurgicale. Dans un cerveau humain, on trouve des neurones (les unités de savoir) et des synapses (les connexions qui les relient). C’est la connexion qui crée l’intelligence : un souvenir isolé ne sert à rien, c’est son lien avec le reste qui lui donne de la valeur.

Un brain OKF fonctionne exactement sur ce principe :

  • Une fiche = un neurone. La règle d’or du format est stricte : un concept, un fichier. Une fiche pour mon offre tpe.nc. Une fiche pour ma palette de couleurs de marque. Une fiche pour mon atelier CM2 « Mes écrans, mes alliés ! ». Une fiche pour ma méthode d’audit Google Workspace.
  • Un lien = une synapse. Chaque fiche pointe vers d’autres concepts liés. Mon playbook de migration renvoie vers mon expertise Google Drive, qui pointe vers la réalisation client qui le prouve, elle-même reliée au témoignage du client.

Résultat : quand une IA entre dans mon brain, elle peut dérouler toute la pelote. Si je lui demande de rédiger une proposition ou une page de vente, elle part de mon offre, suit les liens vers ma voix de marque, mes témoignages, mes certifications, et construit un texte sur mesure avec mes vraies preuves et mes mots. Évidemment, je n’envoie pas tel quel ! Je retouche, j’ajuste, je complète, car il ne sera JAMAIS exactement comme mon vrai cerveau !

Mon brain à l’heure actuelle, c’est 205 fiches et 976 liens entre elles. Je peux même visualiser l’ensemble sous la forme d’un graphe interactif. Une constellation où chaque point est un savoir et chaque trait une connexion. C’est mon activité vue du ciel, et c’est passionnant à observer.

Visualisation de mon graphe de connaissances

Ce qu’il y a dedans (le tour du propriétaire)

Mon brain est structuré en plusieurs sections clés. C’est une excellente trame de départ si tu souhaites construire le tien :

  • Identité : mon profil, l’ADN de mon entreprise, ma voix de marque (le ton, le tutoiement, les mots interdits), mes offres, mes personas, ma charte graphique et mes certifications. C’est la section pivot qui garantit que l’IA écrit avec ma personnalité.
  • Expertise : mon savoir technique structuré (Google Workspace, Google Cloud, Apigee, IA générative, développement).
  • Réalisations : mon portfolio détaillé avec des métriques réelles (ex. « 23 services d’API déployés, 7 briques de sécurité mutualisées, environnements QUAL/PROD séparés »).
  • Playbooks : mes processus pas à pas. Comment je mène un audit de sécurité, comment j’anime un atelier scolaire, comment je gère une migration de messagerie. Mes IA (ou mes collaborateurs) n’ont plus qu’à suivre le guide.
  • Interventions : mes conférences, ateliers et formations, avec le déroulé minuté et les leçons apprises sur le terrain.
  • Prompts : mes instructions prêtes à l’emploi et optimisées pour ma voix.
  • Outils, références et contenus : ma stack logicielle, mes sources de veille fiables et mon calendrier éditorial.

Et deux tiroirs qui valent de l’or pour la vente : mes témoignages clients réels et les objections fréquentes de mes prospects avec mes réponses précises (le prix, la souveraineté, la peur de la facture cloud…). Avec ça, la FAQ d’une page de vente s’écrit presque toute seule.

Chaque fiche commence par un bloc de métadonnées (le « frontmatter » qui sont littéralement les données sur les données) qui décrit son type, ses mots clés, la date, et ses liens. C’est ce qui permet à l’IA de naviguer intelligemment d’un concept à l’autre. Voici par exemple ma page de voix de marque. Les choix de bienveillance, tutoiement, etc. sont bien présents : moi je le sais quand j’ecris c’est inné, mais une IA ou un assistant qui écrirait pour moi devrait avoir cela sous la main de façon systématique.

exemple de page de mon brain

Comment je l’ai construit : la distillation

Première décision importante : je n’ai pas copié-collé tout mon historique en vrac. J’ai distillé.

On ne fait pas un bon sirop en versant tout le verger dans la bouteille. On sélectionne, on concentre, on filtre. Un brain n’est pas une sauvegarde brute de ton disque dur : c’est l’essence de ton savoir, triée et réécrite proprement.

J’ai extrait cette matière première de plusieurs sources :

  • Mon blog : un millier d’articles accumulés depuis des années.
  • Mes dépôts de code : des projets réels qui racontent mes compétences (https://feedesmots.fr, code interne, etc.).
  • Mon Google Drive : comptes-rendus d’ateliers, mémos techniques, bilans, Retex, etc.
  • Mes mails : une mine d’or sous-estimée où dorment les verbatims clients et les questions de mes prospects.

Pour aller vite, j’ai mis mes IA au travail. J’ai utilisé des agents IA en parallèle, chacun chargé de traiter une source ou une section sous ma supervision directe. L’IA a ainsi trié et préparé sa propre nourriture, sous mon contrôle strict. C’est la parfaite collaboration : l’IA propose, l’humain valide.

Un point crucial sur la confidentialité : tout ne va pas dans le brain. J’ai exclu d’office les données sensibles de mes clients, les informations d’accès de sécurité et les données personnelles. Un brain se construit dans le respect du RGPD et avec une éthique forte.

Les quatre défis techniques que j’ai surmontés

Si l’idée de « fichiers texte reliés par des liens » paraît simple, le passage à l’échelle réserve quelques surprises. Voici les quatre murs que j’ai dû franchir :

1. Le savoir générique ne vaut rien

Le premier réflexe est de créer des fiches théoriques (« Définition du cloud », « Pourquoi sécuriser ses données »). C’est inutile : les modèles d’IA savent déjà tout ça. La valeur de ton brain réside uniquement dans tes spécificités : tes chiffres, tes anecdotes vécues, tes cicatrices, tes opinions. Dans ma fiche sur les formations, il n’y a pas écrit « préparez bien la salle ». Il y a écrit : « Sur une session pour référents techniques, une coupure réseau a dégradé l’exercice ; depuis, j’envoie les fichiers d’exercices 48 heures avant. » C’est ce vécu qui rend la fiche irremplaçable.

2. Le piège des fiches orphelines

En cours de route, j’ai décidé d’auditer mon graphe. J’ai réalisé que 84 fiches sur 221 n’étaient citées par aucune autre. Des neurones sans synapses. L’IA ne pouvait pas faire le lien avec le reste de mon activité. J’ai dû faire une passe de maillage méthodique pour interconnecter chaque fiche avec ses voisines. Résultat : zéro orpheline, et un graphe qui est passé de 633 à 976 liaisons.

3. La fraîcheur de l’information

Un savoir obsolète est un savoir dangereux. Si tes tarifs ou tes offres changent et que tu ne mets pas à jour ton brain, ton assistant IA affirmera des erreurs avec un aplomb parfait. Ma parade ? Chaque fiche est datée, un journal des modifications centralise les mises à jour, et l’ensemble vit dans Git (l’outil des développeurs) pour historiser chaque modification. Mon brain se gère avec la même rigueur de gestion que du code informatique. J’ai mis en place une CI aussi, comme pour un développement client !

4. La traque des « tics d’IA »

En relisant mes fiches distillées, j’ai constaté qu’elles étaient truffées de tirets cadratins (« — »), ce signe de ponctuation que les modèles adorent mais que l’on utilise rarement ainsi en français. C’est un marqueur flagrant de contenu généré par robot. Verdict de l’audit de mon répertoire : 1 202 tirets cadratins à éradiquer. C’est désormais chose faite, et j’ai écrit un script automatique qui bloque leur retour. Certains mots ou tics de langage IA ont aussi été retirés.

Si ta base de connaissances est polluée par du style artificiel, toutes les réponses de ton IA le seront aussi.

Concrètement, comment je m’en sers ?

Mon répertoire OKF est hébergé sur GitHub dans un projet privé. Je l’ai connecté directement comme contexte à mon assistant IA. Il a ainsi une vue complète de l’arborescence, comprend les liaisons entre les concepts et se synchronise automatiquement à chaque fois que j’ajoute ou modifie une fiche.

À partir de là, l’usage est d’une simplicité redoutable. Je formule une demande, et l’IA va piocher dans mes fiches :

  • « Rédige une page de vente pour l’offre tpe.nc » → l’IA va croiser la fiche de l’offre, ma charte graphique, ma voix de marque, mes témoignages clients et les objections à désamorcer.
  • « Réponds à ce prospect qui s’inquiète de la souveraineté de ses données cloud » → l’IA va extraire mes arguments de fond (RGPD, hébergement Europe, DPO externe) plutôt que de broder des généralités.
  • « Décline ma dernière vidéo YouTube en 3 posts LinkedIn » → elle applique instantanément ma structure de posts, mes hashtags types et mon tutoiement complice.

Le gain n’est pas seulement un gain de temps massif. C’est un gain de cohérence. Toute ma communication, sur tous mes canaux, raconte la même histoire, avec la même voix.

L’avantage concurrentiel durable

Pourquoi je suis convaincue que chaque indépendant, chaque TPE et chaque organisation doit s’y mettre :

  1. Ton IA devient vraiment TON IA. Les modèles d’IA générative sont les mêmes pour tous. Ce qui fera ta différence, ce n’est pas l’outil, c’est le contexte que tu lui fournis. Un modèle ultra-puissant sans contexte produit un texte générique brillant. Un modèle moyen avec un contexte parfait produit un contenu spécifique, authentique et percutant.
  2. Le savoir sort des têtes. Dans la plupart des petites structures, le savoir critique est bloqué dans la tête du fondateur ou d’un collaborateur clé. S’ils s’en vont, le savoir s’évapore. Le brain transforme ce savoir tacite en un actif d’entreprise valorisable, transmissible et structuré. C’est aussi un outil d’onboarding magique pour intégrer de nouvelles recrues (humaines ou IA).
  3. Une pérennité totale. De simples fichiers texte, un format ouvert et documenté (Markdown + YAML), un versioning standard (Git). Aucune dépendance à une startup éphémère ou à un logiciel propriétaire. Si un nouvel outil IA révolutionnaire sort demain, mon brain est déjà prêt à y être connecté.
  4. Le passeport pour l’ère des agents autonomes. Nous entrons dans l’ère agentique, où l’IA ne se contente plus de répondre mais exécute des tâches complexes de bout en bout. Mais un agent n’est fiable que s’il connaît précisément son terrain. Le brain OKF, c’est la carte et le runbook que tu donnes à tes futurs agents pour qu’ils travaillent en sécurité.

Par où commencer ? (Ta version minimum viable)

Pas besoin d’attendre d’avoir 200 fiches pour te lancer. Tu peux bâtir ta version de départ en un week-end avec cette trame de 8 fiches clés :

  1. Qui je suis : mon parcours, mon positionnement, mes forces.
  2. Ma voix : mon ton, mes tournures favorites, mes mots interdits (la fiche la plus rentable !).
  3. Mes offres : ce que je vends, pour qui, à quel prix.
  4. Mes clients : leurs besoins réels, leurs blocages.
  5. 3 réalisations : mes projets clés avec des chiffres concrets.
  6. 3 témoignages : les verbatims bruts et authentiques de mes clients.
  7. Mes objections : les freins récurrents de mes prospects et mes réponses.
  8. Ma charte : mes codes couleurs (Hex), mes polices, mon logo.

La règle d’or : une fiche par concept, des liens entre les fiches, et des faits vécus plutôt que de la théorie. Et adopte ce réflexe : chaque fois que tu dois réexpliquer une règle ou un contexte à une IA, c’est qu’il est temps d’en faire une fiche.

En résumé

Bâtir un brain OKF, c’est transformer ton savoir brut en un actif numérique durable, prêt à propulser ton activité à l’ère de l’IA. Le défi n’est pas technique, il est éditorial et méthodologique : il demande de trier, de distiller et de connecter le savoir de façon cohérente. La récompense ? Une efficacité décuplée, une voix de marque respectée et une structure prête pour les révolutions de demain.

Alors, es-tu prêt à donner un cerveau à ton IA ?

Tu as envie de structurer ton propre brain d’entreprise ou d’en explorer la faisabilité ? Contacte-moi ! C’est exactement le genre de chantier d’organisation et d’IA appliquée que j’adore concevoir et accompagner pas à pas.

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